I'm a dreamer. J'suis une rêveuse. J'passe mes journées à voguer entre le néan de l'espace, les océans d'ivresses pi les regards pleins de sous-entendus, que j'créais, quand y me r'gardait. J'rêve de revivre chaque parcelle de chaque souvenir magique qu'j'ai en tête. J'rêve de pouvoir partir d'ici, d'aller, j'sais pas moi, en Afrique ou queq'part comme ça. Pis d'aider. De pouvoir voir des gens plus heureux que moi, d'pouvoir les écouter, mais surtout, d'les aider. De changer le monde.
En ce moment, j'ai un rêve égoïste, mais j'ai vraiment l'goût d'vous en parler. Je rêve d'le r'voir. Y'était grand, beau, fort, musclé, galant, charmeur. Yé peut-être maintenant plus là quand j'arrive le matin, mais quand j'suis triste, j'revois son visage pis j'me dit qu'un jour, c'est clair que j'vais le revoir. Pis ce jour là, j'vais pas rester loin à r'garder comme j'ai fait. Ce jour là, j'vais rêver en couleur.
Ah ben, my god! Vous savez pas quoi? J'lai r'vu! Ouep, une activité d'école. Celle qu'on r'doute tous, la plus souffrante: la course. Quand j'ai tourné la tête pis que jl'ai vu, j'pense que je suis devenue aussi rouge qu'une tomate ben mure. Pis vous savez pas l'pire, j'ai rien fait. Rien pentoute. J'suis restée plantée là, comme une nouille. MAIS et je dis bien mais, j'ai commencé à me créer une histoire d'amour, mais tellement belle, où j'étais enfin aimée. Wow, que d'émotions. Y'était pu là quand j'suis revenue de la course... Une ben belle baloune dégonflée...
Bon j'reviens à mes moutons. J'suis une adolescente, avec tous les mêmes problèmes qu'les autres. Jme trouve pas assez maigre, j'aime pas mes ch'veux plats, ni mon visage. J'aime pas comment j'arrête pas d'me plaindre, je trouve parfois, même assez souvent jdois dire, que mes parents comprennent pas c'que je vit, même si y'ont vécu la même maudite affaire y'a pas si longtemps. Par contre, j'dois dire que je suis quand même unique. J'voudrais changer le monde. Ben commencer par mon p'tit monde a moi. J'en ai vraiment assez de chialer pis d'pas profiter d'ma p'tite vie comme j'devrais. J'vous raconte pas comment c'est ben plus facile à dire qu'à faire, tsé, vous devez l'savoir. J'peux par contre vous racontez comment ça fait du bien d'se lacher «lousse»...
J'arrive le matin, j'fais exprès d'passer devant, au cas où y serait là. Yé pas là. Dommage, j'repasserai c'midi. J'fais comme d'habitude, excepté que, quand j'vois que quelqu'un m'regarde, ben moi aussi j'le regarde, j'fuis pus les regards. J'les affronte, comme pour leur dire que ouais, c'est vrai, j'existe. J'ai pus peur de poser des questions aux profs, j'ris fort quand c'est drôle, pas par en'dans comme j'le faisais avant de décider de vivre. J'm'impose aux autres, j'prends ma place. Tranquillement, j'réalise que ça gêne pas mal les autres que j'prenne conscience d'exister. Vous savez pas c'que j'leur dit : «Ahh ben, va falloir t'habituer mon cher, c'est pas près de changer.» Pis j'men vais, j'tourne le dos, sans regrets, avec un gros smile dans face! Bon, au début, j'trouvais ça dur de déplaire à tout le monde, mais bon, faut faire avec. J'vais m'y faire, comme eux. Midi. Ceux qui trouvent ça chouette que j'existe viennent avec moi dehors. On marche quand soudainement, j'regarde en face de moi. J'marrête. J'fige. J'rougis, surtout. Maudine de bine, pourquoi faut que j'rougisse ? J'vois que lui aussi y s'est arrêter. Pas pour longtemps. Y s'remet à marcher, moi j'pas capable, mes jambes sont comme clouées par terre. Vous comprenez sûrement c'que je veux dire, vous êtes tous passé par là. Sauf que là, moi c'est différent. C'est la première fois. Wow, vous savez pas comment, en ce moment, en dehors, j'ai juste l'air d'une pierre, mais qu'en d'dans, j'stress comme ça se peut pas. J'ai peur pis j'me fait pleins de scénarios tous plus étranges les uns qu'les autres. Quand y'é rendu à ma hauteur, pis que moi je suis tellement mêlée, y se met à m'regarder, mais m'regarder dans les yeux. Le plus profondément du monde, comme y'a jamais personne qui m'a jamais r'gardé. Il dit juste «Salut.» Moi, un peu stupidement j'réponds « Hum Allo. » On a pas besoin d'se présenter, on s'connait déjà à travers le regard et cela malgré l'fait que j'lui ai jamais même adressé le moindre mot. Tout c'qui s'passe en ce moment, ça dure peut-être deux ou trois minutes, mais j'ai pourtant l'impression que j'vis cette intensité depuis quelques heures. Comme ça dans le parc, un midi d'automne, les pieds dans les feuilles, y prend ma main, écris des chiffres. Au début, j'comprend pas, tsé, je deviens un peu conne quand y'é proche de moi. Après j'vois que c'est un numéro. Un numéro de téléphone. Le sien. Quand y'a finit d'écrire et moi d'pas comprendre, y plonge ses yeux dans les miens, parcours les recoins les plus secrets de mon âme pis m'donne un doux baiser sur la joue. Ouf, fait chaud ... Il s'en va. S'retourne. Me sourit. Moi j'crois bien que je souris aussi. Bon ça doit être un sourire niais, j'suis encore sous le choc. La première chose que j'vois, c'est mes amies qui me r'gardent, les yeux ronds comme deux boules de quilles. Pis là, y'a celle qui avait tout vu venir pis qui lance un gros «J'te l'avais dit, c'est le destin ma belle!» Elle avait raison...
Bon, j'ai p't'être vécu le moment l'plus intense de ma vie, mais faut pareil que j'retourne en classe. J'y vais. Deux heures. Les plus longues de ma vie. J'suis perdue dans mes pensées, j'souris dans le vide, j'regarde ma main pi j'rêve. I'm a dreamer...
Ouf, le soir arrive. J'ai le gros stress qui m'prend à gorge, j'tremble en fixant le téléphone qui me supplie de le décrocher pis d'composer le numéro vers le paradis ou l'enfer. Moi, j'crois toujours pas c'qui est arrivé. Finit le gaspillage de temps, c'est ça qu'j'me suis promis un peu plus tôt, c'est ça que j'ai réussi à faire aujourd'hui, faut que j'continue maintenant, j'suis forte. J'prends le téléphone. J'compose. J'attends. Ça sonne. Ça répond. C'est lui, pas de doutes. « Allo, c'est moi.» Bravo, le pire est passé. C'qui m'étonne, c'est que j'suis une personne super gênée, mais là, la conversation s'fait toute seule. On parle de tout pis de rien, comme deux enfants qui viennent de s'rencontrer, qui rêvent de rester amis pour toute la vie. J'm'endors. Normal, y'est passé 1h30 du matin. Oups. Avec toute la tristesse du monde, j'laisse aller mon rêve, en lui faisant promettre de m'rappeler demain. « Promis.» Avant d'raccrocher, y rajoute juste que'ques mots, mais qui veulent tout dire. «J'me rend compte qu'j'en ai tellement à t'raconter pis que j'savais pas comment faire. J'suis parti. J'ai eu peur, j'ai préféré me taire. J'suis désolé d'être là si tard.» J'ferme les yeux. J'ai un sourire étampé dans face pour toute la nuit. J'suis heureuse. Enfin. Enfin, j'ai ma chance.
Six heures trente. Mon cell sonne. C'est lui. Wow, déjà ma journée est partie pour être magnifique. En même temps d'être la personne la plus heureuse au monde, j'ai l'impression d'être comme une p'tite ado en amour, d'être, vous savez, cul-cul. Tant pis, j'assume cette quétainerie. J'suis bien là d'dans, ça me fait plaisir d'être finalement celle qui sourit dans le vide ...
I'm a dreamer. J'commence la journée avec un rêve dans les yeux. Ce rêve, j'espère l'avoir toute ma vie. Ce rêve, j'ai décidé d'en profiter au maximum dans le moment présent. Ce rêve, y m'donne chaud au c½ur. Ce rêve, c'est celui qu'j'ai rêvé tant de nuits. Maintenant que je l'ai, j'vais partir aider l'monde pour le changer. Maintenant que j'ai réussi à devenir la personne que j'ai touours rêvé d'être. J'vais aller allumer des étoiles dans les yeux de ceux qui les cherchent encore.
(Mon conte urbain en littérature, a moitié vrai ...)
Envoyé au Concours des Zurbains! J'en reviens pas, je suis vraiment fière, même si je m'en attendais pas du tout! Merci Mme Gauthier :)